Mes livres

Rien n’a changé depuis l’époque  récente de mon adolescence. Les banquettes de cuir rouge sont un peu plus usées. Les chaises sentent l’encaustique. Notre table du fond est vide. Cette table qui pourrait raconter tant de choses. Les peines, les joies, les enthousiasmes, les repas, les fêtes, les projets, les rencontres, les flirts…Je m’approche du comptoir. Aucun résultat. Le client n’est plus roi.

Quelques minutes se passent, puis des bruits de dispute me parviennent de la cuisine. Ca barde ! Dans l’encadrement apparaît mon vieux ex-pote Mimisse, le visage rouge de colère, un électrophone sous le bras gauche, une valise dans la main droite. Il s’arrête à ma hauteur et   lance d’un air mauvais :

« Tiens, tu es la ? Si tu la veux, la place est libre » 

en se dirigeant vers la sortie, sans un poil de dignité, tout lui. Plus d’une année que je ne l’avais pas revu ! Pas d’autres paroles, l’état de ma santé ne l’inquiète pas plus que mon niveau de déshydratation. Quelques secondes plus tard, Léa souriante fait son apparition. En m’apercevant c’est l’extase. Elle se jette dans mes bras, m’embrasse, se recule, prend un air radieux  en me regardant. Parole, elle embellit, certainement du fait de prendre des amants plus jeunes que moi. Ça m’est égal, je l’aime comme elle est, pour ce qu’elle est.

-          Alors mon petit lieutenant, tu n’as pas pensé à ta copine lors de ta dernière perm !

Elle rit à nouveau, son rire est toujours aussi rafraîchissant

-    Je te pardonne car tu ne m’a  pas oublié. Toutes tes cartes postales sont affichées à coté de la glace, derrière la caisse. Elles attisaient bien des jalousies. Je ne te parle pas de l’autre pomme qui sort à l’instant. Des mois que j’espérais le lourder, il jouait au patron. Mais  Véro et Minou auraient bien aimé  recevoir les ‘’gros bisous’’ autrement que par procuration. Surtout Véronique. Un soir d’ivresse elle m’a accusée d’avoir couché avec toi…Toi ! qui fait partie des rares avec qui je n’ai pas…Enfin, passons.

Elle passe effectivement derrière son comptoir, saisit deux coupes qu’elle nettoie soigneusement et ouvre une bouteille de champagne.

-          Le retour de l’enfant, ça se fête. Moi aussi j’arrose un         événement important, ma liberté, c’est une boisson de circonstance.

J’ai retrouvé ma Léa.

Lorsque je suis rentré, très tard, sans faire de bruit, un grand silence régnait dans la maison. Quinze- huit, le matou couché sur mon lit s’est mis à ronronné. Des mois qu’il dormait seul. Je n’ai pas eu droit à son coup de patte vengeur. Il s’est collé contre moi, m’a réchauffé, mais n’a rien pu faire contre le léger mal de tête qui ne m’empêcha pas de sombrer dans un sommeil profond

§§§§

Sylvianne !   Une belle fille rencontrée par une triste journée d’automne. Sa bicyclette à l’esprit d’indépendance développée n’en faisait qu’à sa tête. Elle me prit   à témoin de son caractère exécrable   alors que désœuvré je flânais avenue Jean Jaurès. Tétanisé par le regard bleu outremer de la propriétaire, ma timidité maladive réapparu en force, provoquant un blocage fâcheux de mes cordes vocales. Six mois plus tard nous étions fiancés. Mésalliance de la colombe blanche avec un  corbeau. Papa est fondé de pouvoir dans une entreprise de gros spécialisée en articles de mercerie. Maman une parfaite maîtresse de maison. Les deux sont issus d’une petite bourgeoisie vésulienne. J’ignorais ou  mes baskets m’avaient conduites. Le courant est passé. Le courant d’air froid qui au fil des saisons s’est transformé en tempête glaciale. Surtout avec le père Petit. Avec un nom pareil on n’essaie pas de jouer dans la cour des grands. On naît aristocrate, on n’est aristocrate. Un petit parvenu haut de saonois descendant d’agriculteurs repentis ne peut rivaliser avec la classe. Le résultat est désastreux. Il n’a   pas arrangé le personnage mesquin à l’estomac rebondit et aux cheveux rares, très imbu de sa « petite » personne. Notre dernière rencontre fut orageuse.  Je désirais une entrevue explicative avec sa fille qui venait de rompre nos fiançailles quand cet ersatz de canidé, son faciès ressemble curieusement à celui d’un dogue allemand, m’a proprement mis à la porte de son domicile.

« Monsieur ! Ici c’est une maison honnête, je vous prie de sortir sinon j’appelle la police ! ». Il éructait  en bavant comme son ancêtre le quadrupède d’outre-rhin.

Ma réponse est affichée au mur de ma chambre. Elle égaie les jours tristes et pluvieux, les jours de cafard.

« Si l’honnêteté de votre logis s’évalue par rapport à l’importance de la connerie de son propriétaire, Monsieur, vous avez certainement la maison la plus honnête de la ville, de la région, peut être même de France.   Vous avez droit à toutes mes félicitations   »

Le temps que ses neurones aient assimilé, j’étais déjà loin, très loin.

La principale intéressée  s’étant fait représenter, l’incident était clos. Jugement rendu, affaire classée sans suite.

Ma crédulité me perdra ! Penser que le lien charnel qui nous reliait  trouverait son aboutissement dans une complicité intellectuelle et  humoristique. Le rêve est permis, la réalité souvent différente.

Sans jamais franchir la limite fixée par les lois de la morale, la sienne, notre relation fut torride. Frénésie de sexe mais attention ! Entrée interdite !

Encore actuellement, les raisons qui l’ont poussé à m’abandonner alors que  le  besoin de sa présence m’était indispensable, restent incompréhensibles.

  Elle  avait pourtant fait la première foulée. De son propre aveu.  La panne cycliste était fictive, inventée de toutes pièces, uniquement destinée à provoquer notre rencontre.

 La pression exercée par ses   parents n’est pas un motif suffisant. La publicité affichée autour de ma triste mésaventure a certainement joué  un rôle prédominant. A t-elle provoquée chez elle une  prise de conscience, déchirée le voile qui lui masquait la différence de nos situations sociales respectives.? Peur de l’avenir ou du qu’en dira t-on ? Et si c’était plus simplement  un  nouveau venu ‘’victime’’ de son coup   du vélocipède ? Un autre à qui elle aurait fait connaître le petit recoin situé derrière le vieux garage en bois  dans une petite ruelle sombre à quelques pas de son domicile.

C’est à cet endroit que par une soirée obscure et froide, pour la première elle me  prouva la perfection de son anatomie. Après s’être déshabillée elle  remis uniquement son imperméable, le rose qui me déplaisait tant . Je dus à mon tour l’imiter et surmontant mon appréhension  retirer mes vêtements. C’était la première fois de ma vie que je sentais un corps nu se presser contre le mien. La tête me tournait. Une ivresse inconnue s’était emparée de moi. Je l’ai longuement caressée. Plusieurs fois elle a hurlé un plaisir qu’elle me faisait partager. Les tremblements qui agitaient son corps n’étaient pas dû  au froid.

Je suis rentré très tard, bien après l’heure du repas, les lèvres sanglantes avec dans ma tête, encore présente, la plus belle soirée de ma vie. Le ‘’ciré’’ rose ne m’agaçait plus, elle pourrait le porter  souvent.  Mais nous n’avions pas dépassés les limites fixées.

Cette soirée marqua chez moi l’évolution d’une passion dévorante, débordante, insatiable qui augmentait au fil des jours. J’en fus transformé. Mes amis se plaignaient de mon absence. Mon travail à l’usine s’en  ressentit. Je ne participais plus au repas du soir, perdait du poids. Une lueur  étincelait dans mon regard. Mon chat me faisait la gueule. Ma meilleure amie Yolande aussi.

Terminé mon sens de l’humour, de la répartie, de la famille, du devoir et de l’amitié.

Plus dure fut la chute !

 

Et soudain elle réapparaît, triomphante. Salut, c’est moi ! Tu ne me plains pas d’être gênée de t’avoir laissé tomber ? Tu devrais.

Je passais et pan ! En apercevant ton nom sur une camionnette l’idée m’est venue de revoir ce bon vieux Gaby. Pas  de bicyclette mais ton numéro de téléphone  est facile à retenir. Papa bouledogue fait sa sieste, maman gâteau la vaisselle, c’est l’instant idéal pour prendre de tes nouvelles.

Miss Spontex ! Le coup de l’éponge elle connaît.

 

Pour cette amnésique j’ai fais de la peine à mes parents, faillit perdre ma santé, mes amis, ma réputation d’âpre au boulot, l’amitié précieuse de mon chat et celle encore plus importante de mon amie YoYo. La totale ! J’ai du changer la selle double de mon Vespa. Trop usée et d’une propreté douteuse pour l’usage de la demoiselle au sang pas tout à fait bleu. Mes Jeans et pull marins n’étaient plus assortis à un si beau siége.   Direction le magasin qui côtoie le square « La Roseraie ». Schiffman ! l’homme qui fait l’homme…élégant. Achat d’un blazer bleu marine, d’un pantalon gris soutenu, d’une chemise blanche, la  cravate est offerte par la maison. Métamorphose d’un Gaby enfin présentable à sa future belle-famille mais plus très à l‘aise dans sa peau.  Mon livret de caisse d’épargne l’était encore moins. Cet hiver la, l’écureuil a du trouver ses noisettes ailleurs.

Mais quel con ! Une chance que je n’aie pas consulté mon praticien à cette période. Le brave homme m’aurait conseillé l’asile. Rouffach en été a des cotés charmants, les chambres sont confortables et les camisoles appropriées à mon cas. Le salut par la schizophrénie, c’est ce que m’aurait certainement préconisé ce doux thérapeute.

Le chagrin de mes parents aurait fait peine à voir. Biglo et mes copains  m’auraient rendu visite, Yolande également.

Yolande qui ne m’en aurait plus voulu d’avoir délaissé  notre amitié à cette époque.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Commentaires

28.04 | 14:44

Salut Claude.avec l âge tu deviens économe on fait de même y en a marre d être pressé comme des citrons.

Amitiés Rabbi Jacob Michel Demange

...
13.09 | 01:10

Salut Claude, bonjour de mon île. Toujours dans le coup, mes félicitations très réussie ta page. Bon anniversaire aussi. Amitiés .

...
22.02 | 18:33

la suite

...
22.02 | 18:30

pas mal

...
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