Mes livres Le Retour de Mischa

Michael Val André, dit Mischa, est de retour à Ronchamp après vingt années d'absence. Sa disparition dans des circonstances mystérieuses, alors qu'il approchait de sa dix huitième année, avait suscité en son temps de nombreux commentaires. Pourquoi a t-il accepté ce poste subalterne chez A.I.R, importante usine de la région, alors qu'on le savait officier dans l'armée française ? Pour quelles raisons est-il devenu indésirable dans ce petit bourg situé au pied de la chapelle Notre-Dame-du-Haut, plus connue sous le nom de Le Corbusier ?

 

 Vous allez à quel étage ?

                - Le vôtre, madame, répondit Michael. La jeune femme jeta un regard soupçonneux sur cet homme élégant, viril, au visage agréable qui, appuyé nonchalamment contre la paroi, les deux mains dans les poches  la considérait d'un air narquois. Elle consulta le tableau de commande, l'ascenseur desservait uniquement le hall d'accueil de l'hôtel. Elle riait encore quand ils atteignirent leur destination.

                - Vous êtes un habitué ? C'est la première fois que je loge ici, d'où ma méprise. Je suis peintre et nous exposons dans les salons de l'Atria.

                - Non, seulement en visite, mais pour l'avoir fréquenté cet établissement n'a plus de secret pour moi. Celui qui mène aux chambres se trouve un peu plus loin, vers le bar. Pardon ! je manque à la plus élémentaire des politesses, permettez-moi de me présenter:  "Val André", mes rares amis m'appellent Mischa, diminutif de mon prénom Michael. Je suis indésirable partout où je passe. Vous savez tout de moi.

Ils s'approchaient du comptoir lorsqu'un sonore "Mischa" retentit derrière eux. Luc s'était levé et agitait un bras pour attirer son attention.

                - Certainement un de vos proches, murmura l'inconnue. Il a l'air pressé de vous rencontrer. Dommage, j'aurais eu grand plaisir à continuer notre conversation.

            - Moi de même, vous êtes charmante.

 

 

Extrait

L’intérieur de l’estaminet sentait mauvais. "Café restaurant des amis", c’était écrit au-dessus de la porte, il l’avait cru. Malgré l’interdiction, un nuage de fumée empestait l’atmosphère qui sentait suffisamment le graillon sans avoir besoin d’additif pour rebuter le quidam à l’odorat délicat. Il n’y avait pas de sciure sur le sol, il s’en était fallu de peu. Les quelques morpions de comptoir, verre à la main, verbe haut, expliquaient bruyamment au patron comment eux s’y prendraient pour éviter la crise fi-nancière, éliminer le chômage, réduire, voire sup-primer les impôts, contrôler les naissances et pour-quoi pas, mettre un terme à ce conflit qui s'éternisait en Afghanistan. Quelques tables disséminées façon pagaille rivalisaient de crasse avec un comptoir qui n’avait plus besoin de vernis. La vieille horloge ac-crochée sur un mur à la couleur jaunâtre due certai-nement à un excès de nicotine marquait en perma-nence neuf heures dix sept. Elle se dissimulait avec peine derrière des rouleaux collants tue-mouches constellés d'insectes suicidaires et fixés au plafond par des punaises orange. 20

- Patine antiquaire, déclara le propriétaire des lieux en caressant le bois du meuble derrière lequel il se tenait. Mon beau-père était déjà ici, son père aus-si, nous sommes la troisième génération !

- Et vous l’avez nettoyé depuis cette époque?

L’étranger ne s’était pas fait un ami. Le te-nancier rentra sa chemise éprise de liberté dans un pantalon qui avait du mal à contenir une bedaine proéminente. Ses yeux fusillèrent l’intrus qui émet-tait des remarques aussi désobligeantes. En allumant une « maïs » il faillit brûler les poils de sa splendide moustache dont la couleur pouvait avantageusement rivaliser avec celle de l’établissement. Michael émit un toussotement significatif, se gratta la gorge, commanda un whisky, apprit que ce n'était pas une boisson de la région, accepta un rosé "cuvée du pa-tron" et se retourna en faisant face à la salle. Les quatre joueurs de cartes marquèrent une pause, le couple assis à la table du fond lui lança un regard interrogateur.

Comme tous les clients présents, il alluma une cigarette en regardant la pancarte « Interdiction de fumer » puis, faisant preuve d’un courage inouï, il apostropha l’Obélix francomtois.

- Moyen de casser une petite croûte?

Etonné, le bistrotier se déplaça pesamment jusqu’à sa hauteur.

- Si vous n’êtes pas trop difficile, on peut s’arranger, grommela-t-il. Mais ce sera comme à la

maison.

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A son grand étonnement, le drôle de client hocha la tête d’un air affirmatif en lui posant la ques-tion:

- Vous mettrez une nappe en papier?

- De quelle couleur? riposta le tenancier, hi-lare.

- Le noir m’ira très bien, je fais le deuil de la gastronomie.

Le faciès de bouledogue du limonadier s'illu-mina.

- Z'êtes un marrant vous! Un p'tit apéro? C’est ma tournée. Et somme toute, comme malgré tout vous m’avez l’air sympa, j'vais chercher la bouteille de William Lawson que j’ai en réserve pour le fils.

L’homme poussa le verre de rosé qu’il n’avait pas entamé, et se renseigna:

- Quelques glaçons, il y a un supplément?

Ils éclatèrent de rire ensemble.

- Alice! Viens donc là! mets un couvert pour monsieur, mais trouve une nappe, il a des goûts de nanti.

Soudain il plissa les yeux, son corps se figea, sa bouche s'ouvrit en formant un rond parfait, l'éternel "maïs" qu'il venait de rallumer pour la dou-zième fois tomba sur l'égouttoir de la plonge en ré-pandant de la cendre et quelques minuscules braises incandescentes.

- Mon capitaine!... En civil, avec les cheveux longs, je ne vous ai pas reconnu. Vous êtes venu me rendre visite! Alors...Revenu au pays?

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Les yeux du brave homme pétillaient de joie.

- Je suis rentré définitivement.

- Ҫa fait combien de temps qu'vous avez quit-té l'armée ?

- Six piges, une éternité, mais on n'oublie pas. Je suis resté en région parisienne toutes çes années.

Le couple manifesta son intention de renouve-ler les consommations.

- Vous voyez pas que j'suis avec le capi-taine!... Me déranger pour une chopine de blanc...Pas d'éducation ...

Il se retourna vers son ancien supérieur et re-prit la conversation interrompue par les deux malap-pris.

- Faut dire qu'la Franche-Comté, ben ça change de Kaboul. Quand on en r'vient!

Puis après une hésitation perceptible :

- On peut même pas dire qu'c'était le bon temps. A part les potes...

- Dont tu fais partie Roger.

Ce fut tout, la pudeur les empêchait de se souvenir, d'évoquer les atrocités dont ils furent té-moins, de ce qu'ils avaient éprouvé, ressenti en terre hostile. Après un long silence qui valait plus que toutes les paroles du monde, l'aubergiste demanda:

- Z'avez terminé les travaux dans la ferme d'mes parents? J'y passe plus. Mais j'suis content, elle est entre de bonnes mains.

- La partie principale est presque habitable. Les entreprises ont pris du retard, peu importe, je ne

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suis pas pressé.

- Quelle transformation! avec les pierres appa-rentes, la véranda et l'aménagement de la grange. Mazette!

Puis, réalisant l'incongru de la situation, il apostropha une nouvelle fois son épouse.

- Alice! Mets la nappe à la cuisine, une en toile, l'capitaine mange avec nous. A la fortune du pot, comme là bas.

Michael et Roger le patron de l'unique com-merce de ce petit village situé entre Lure et Vesoul, avaient servi en Irak, en Côte d'Ivoire et en Afgha-nistan. Leur origine commune les avait rapprochés. Une amitié scellée par le danger était née, là-bas, loin de la France. Le capitaine et le sergent-chef étaient restés quelques années ensemble avant que le sous officier ne terminât son engagement et reprît le petit commerce de ses beaux-parents. Quand la mère de Roger quitta ce monde, Mischa acheta la ferme de Champagney qu'elle habitait seule depuis son veuvage et entreprit d'énormes travaux en vue de s'y installer.

Car malgré tout, il allait revenir, il ferait face. C'était sa terre natale, ses racines. Quoique les autres puissent dire ou faire... Il avait payé le prix suffi-samment cher.

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Commentaires

28.04 | 14:44

Salut Claude.avec l âge tu deviens économe on fait de même y en a marre d être pressé comme des citrons.

Amitiés Rabbi Jacob Michel Demange

...
13.09 | 01:10

Salut Claude, bonjour de mon île. Toujours dans le coup, mes félicitations très réussie ta page. Bon anniversaire aussi. Amitiés .

...
22.02 | 18:33

la suite

...
22.02 | 18:30

pas mal

...
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